mardi 6 mai 2008

Le dingue au bistouri Yasmina Khadra

Il y a quatre choses que je déteste.
Un: qu'on boive dans mon verre.
Deux. qu'on se mouche dans un restaurant.
Trois: qu'on me pose un lapin.
Quatre: rester là, à ne rien foutre, dans mon bureau minable au fin fond d'un couloir cafardeux où les relents des latrines et les courants d'air adorent flûter.
Aujourd´hui, comme hier et demain peut-être, je me morfonds comme un beau diable dans une mosquée. Les quelques dossiers tape-à-l'oeil qui traînent sur mon bourlingue me fatiguent. Il y a autant d'empreintes digitales dessus que sur un lépreux. Des histoires de moeurs à la con, des choses routinières vachement roturières qui vous ensommeilleraient un chat sur ses excréments. Des dépositions bizarroïdes, des plaintes anonymes, des déclarations de shizo en mal d'hallucinations...Bref, de la déprime à perte de vue.

Madrid se queda sin colegio catalán


Consejería ha renunciado al proyecto por falta de alumnos, 11 solicitudes no han sido suficientes.
¿Cuando van a dejar los políticos de utilizar la lengua para sus propios intereses?
¿Cuál va a ser el próximo ingenioso invento de nuestra Espe? ¿Un colegio gallego? Si lo que quiere es "acabar con los usos partidistas de las lenguas" y convertir la libertad de padres y alumnos en el valor supremo" según declaró durante la pasada campaña, no deberían ir creando centros para los miles de niños de origen árabe?

samedi 26 avril 2008

Partir Tahar ben Jelloun

A Tanger, l'hiver, le café Hafa se transforme en un observatoire des rêves et de leurs conséquences. Les chats des terrasses, du cimetière et du principal four à pain du Marshan se réunissent là comme pour assister au spectacle qui se donne en silence et dont personne n'est dupe. Les longues pipes de kif circulent d'une table à l'autre, les verres de thé à la menthe refroidissent, cernés par des abeilles qui finissent par y tomber dans l'indifférence des consommateurs perdus depuis longtemps dans les limbes du hashich et d'une rêverie de pacotille. Au fond d'une des salles, deux hommes préparent minutieusement la potion qui ouvre les portes du voyage.

jeudi 24 avril 2008

Contours du jour qui vient Léonora Miano

Il n'est que des ombres alentour, c'est à toi que je pense. Non pas qu'il fasse nuit, et que les vivants aient soudain épousé les couleurs du moment. Il aurait pu en être ainsi, si le temps prenait encore la peine de se fractionner en intervalles réguliers: secondes, minutes, heures, jours, semaines... Mais le temps lui-même s'est lassé de ce découpage. Le temps a bien vu comme nous toutes, comme moi, que pareil décompte ne faisait pas de sens. Pas ici où nous sommes. Qu'il y ait un matin ou qu'il y ait une nuit, tout est semblable. Il n'est plus que des ombres alentour, je suis l'une d'elles, et c'est à toi que je pense.

vendredi 18 avril 2008

Ce que nous voile le voile Régis Débray

Qu'on le veuille ou non, l'Education nationale sert en France d'avant-poste au maintien d'un ressourcement égalitaire bénéfique aux plus démunis, et aux tenants d'un islam de France. Le bouclier laïque sauvergarde un refuge ouvert à tous, non pas pluri-mais trans-communautaire. Il est d'autant plus appréciable que ce qu'il met à l'abri n'est pas une arrogance ethnocentrique mais la faculté offerte à quiconque, Français de première ou de dixième génération , étranger, Européen ou non, de moduler à loisir son identité, ou d'en croiser plusieurs, par une pratique exercée du libre examen.

dimanche 13 avril 2008

L'immeuble Yacoubian Alaa El Aswany

Cent mètres à peine séparent le passage Bahlar où habite Zaki Dessouki de son bureau de l'immeuble Yacoubian, mais il met, tous les matins, une heure à les franchir car il lui faut saluer ses amis de la rue: les marchands de chaussures et leurs commis des deux sexes, les garçons des cafés, le personnel du cinéma, les habitués du magasin de café brésilien. Zaki bey connaît par leur nom jusqu'aux concierges, cireurs de souliers, mendiants et agents de la circulation. Il échange avec eux salutations et nouvelles. C'est un des plus anciens habitants de la rue Soliman-Pacha. Arrivé à la fin des années 1940, après ses études en France, il ne s'en est plus jamais éloigné. Pour les habitants de la rue, c'est un aimable personnage folklorique, vêtu été comme hiver d'un complet dont l'ampleur dissimule un corps maigre et chétif, une pochette soigneusement repassée et assortie à la couleur de la cravate dépassant de la poche de la veste, son fameux cigare à la bouche -du temps de sa splendeur, c'etait un luxueux cigare cubain, maintenant il fume un mauvais spécimen local à l'odeur épouvantable et qui tire mal-, son visage ridé de vieillard, ses épaisses lunettes, ses fauses dents brillantes et ses cheveux teints en noir dont les rares mèches sont alignées de gauche à droite pour cacher un cràne dégarni. En un mot, Zaki Dessouki est un personnage de légende...