La maison vide L. Mauvignier
Fouillé- j'ai fouillé partout où j'étais pour ainsi dire sûr de la retrouver les yeux fermés ; j'ai fouillé partout où j'étais certain qu'elle se cachait, puis dans les endroits où j'étais convaincu que je ne la retrouverais pas mais où je me suis raconté qu'elle avait pu échouer par je ne sais quel coup du hasard, me doutant bien qu'il était impossible qu'elle y soit sans que personne l'y ait mise- et depuis quand aurait-elle atterri là? Je la revois dans les tiroirs de la commode- c'est par ici qu'il fallait commencer, j'en étais sûr, par dette commode centenaire héritée de mon père, avec son plateau de marbre gris et rose fendu à l'angle supérieur gauche, son triangle presque isocèle qui n'a jamais été perdu et qui reste là, flottant comme un îlot en forme de tarte ou de pizza- mais cassé depuis quand et par qui?- et qui n'a jamais été perdu ni jeté, même si la commode, en un siècle, n'a sans doute pas subi un suel déménagement, ou quelques-uns qu'elle n'aura vécus qu'à l'intérieur de la maison, passant peut-être, traînée par deux saisonniers réquisitionnés pour l'occasion, du rez-de-chaussée au couloir de l'étage pour finir ici, dans la chambre du cérisier,qu'on appelle chambre du cérisier depuis toujours, en sachant que ce toujours a commencé bien avant moi et avant mon père qui lui aussi l'appelait chambre du cérisier - depuis toujours nous a-t-il affirmé, ....
Texte d'imagination...Ce que l'auteur cherche, c'est la Légion d'honneur décernée à son arrière grand- père, à titre posthume, mort en 1916. En ouvrant une maison familiale depuis trop longtemps abandonnée, un homme va rencontrer, chercher, le passé de sa famille depuis la fin du XIX ème jusqu'à lui. 740 pages pour écrire l'histoire d'une famille à travers ses femmes , Jeanne Marie, Marie Ernestine et Marguerite. Trois destins, trois femmes dans leur époque, soumise à la loi du patriarcat, rêvant de piano , de liberté ou juste de pouvoir et dont l'émancipation pourrait mener à la perte.
C'est écrit, avec une maitrise impressionnante de la subordonnée . Cependant, je me serais passée de quelques répétitions qui n'apportent pas grand chose à l'intrigue et qui finissent par lasser.
La destinée de Marie Ernestine, son destin de femme du début du XX ème siècle , à une époque "où l'on ne choisissait pas " est magnifiquement rendue. Elle , la fille dans un monde d'hommes , tous plus décevants les uns que les autres, qui va devenir l'espoir de son père. Et que dire de Marguerite , livrée à elle même , privée d'amour par sa mère. Certains passages sont plus intéressants que d'autres mais on s'ennuie souvent. "c'est extrêmement long et qu'il aurait gagné à être un peu plus ramassé"

