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vendredi 20 mai 2022

Pour l'amour d'Elena Y. Khadra

D'après la légende rurale, c'est un certain Gonzales Ier qui, vers la fin du XIXème siècle, avait posé la première pierre de notre village. Il n'était ni roi ni empereur, juste un vaurien qui glandouillait dans les bordels de Veracruz avant que la grâce du Seigneur ne le frappe de plein fouet. On raconte qu'il dormait au milieu de ses putains lorsque le Christ était venu lui rendre visite dans son sommeil. Lève-toi, lui a dit le Christ, lève -toi et va dire à mes sujets que j'ai reçu leurs prières et que je t'envoie les sauver.Et quand tu auras récupéré mes brebis, va dans le Chihuahua leur batir une bergerie.  Gonzales a marché des mois et des mois, un gourdin de pélerin à la main, avant de jeter son dévolu sur nos terres. Il construisit une vaste demeure pour recueillir ses fidèles- qu'il baptisa en grande pompe l'Enclos de la Trinité - s' autoproclama Gonzales Ier, pape de la Nouvelle Révélation, et régna sans partage sur ses ouailles comme un berger sur son troupeau.

Diego, Un jeune mexicain venu du tréfonds d’un village s’en va avec son cousin Ramirez dans la grande ville de Ciudad Juarez pour découvrir la trace de son amour de jeunesse Elena, qui aurait été enlevée par Osorio, un flambeur issu du village.Ciudad Jurez, tous les trafics existent, prostitution, gangs rivaux , trafics de drogue, assassinats, policiers et militaires véreux.Tout le roman est basé sur les élucubrations rocambolesques et dangereuses de nos deux jeunes paysans pour tenter d’une part de retrouver Elena et d’autre part, comment s’en sortir financièrement étant donné que dès le premier jour, toutes leurs économies ont été volées. Ça tire un peu en longueur.


lundi 15 novembre 2021

Le sel de tous les oublis Y.Khadra

 -Voilà toute l'histoire. Elle se tut.  Comme un vent qui s'arrête subitement de souffler dans les arbres. Mais Adem Naït-Gacem continuait d'entendre la voix de sa femme qui cognait sourdement à ses tempes, tel un pendule contre un rempart. Pourtant, tout venait de s'évanouir autour d'eux: le jappement des chiens, la brise empêtrée dans les plis du rideau, le crissement d'une charrette en train de s'éloigner. Puis le silence.

Le terrible silence qui s'abat lorsque l'on réalise l'ampleur des dégàts. pendant longtemps, Adem demeura assommé. Le souffle coupé. le coeur dans une tenaille. Il avait écouté Dalal du début à la fin. Sans l'interrompre une seule fois. Quén avait-il retenu? Quelques bibes qui d´flagraient en lui, lointaines et confuses, deux ou trois mots insoutenables que son esprit rejetait comme des corps étrangers.

Le titre poétique du livre Le sel de tous les oublis renvoie à un vieux poème qui fait plutôt la promotion de la fuite en avant : «  Ne t’arrête surtout pas/Et confie ce que tu cherches/A la foulée de tes pas ». Le sel de l’oubli évoquant ce qui reste des larmes quand on a beaucoup pleuré : « marche sur le sel de tous lesoublis ».


lundi 31 décembre 2018

La dernière nuit du Raïs. Y. Khadra

"Quand j'étais enfant, il arrivait à mon oncle maternel de m'emmener dans le désert. Pour lui, plus qu'un retour aux sources, cette excursion était une ablution de l'esprit.
J'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il cherchait à m'inculquer, mais j'adorais l'écouter.
Mon oncle était un poète sans gloire et sans prétention, un Bédouin pathétique d'humilité qui ne demandait qu'à dresser sa tente à l'ombre d'un rocher et tendre l'oreille au vent surfant sur le sable, aussi furtif qu'une ombre.
Il possédait un magnifique cheval bai brun, deux sloughis alertes, un vieux fusil avec lequel il chassait le mouflon, et savait mieux que personne piéger la gerboise, prisée pour ses vertus médicinales, ainsi que le fouette-queue, qu'il revendait au souk, empaillé et verni."
Mégalomane, narcissique, sanguinaire, barbare, bestial, affichant une absence totale de considération pour la vie d'autrui, mais par-dessus tout humain. Et cette humanité mise en avant est terrible et aggrave la culpabilité du monstre : la folie aurait été une excuse trop commode.
Kadhafi est tout sauf fou, il est au contraire très lucide sur ses actes, et j'ai trouvé que c'était l'une des forces du roman. Car n'oublions pas qu'il s'agit d'un roman, même si son réalisme est frappant. À partir d'actions avérées, Khadra  invente des pensées tout à fait plausibles.
Un récit fort et violent porté par une très belle écriture, comme toujours avec cet auteur. Une lecture marquante.

samedi 15 août 2015

Les anges meurent de nos blessures Y.Khadra



Je m’appelle Turambo et, à l’aube, on viendra me chercher.
« Tu ne sentiras rien », m’a assuré Chef Borselli. Qu’en sait-il, lui, dont la jugeote tiendrait à peine dans un dé à coudre ?
J’ai envie de lui hurler de la fermer, qu’il m’oublie pour une fois, mais je suis laminé. Sa voix nasillarde m’effraie autant que les minutes qui appauvrissent mes restes d’existence.

Un candide avec un direct gauche foudroyant est le héros de cette tragédie algérienne. Devenu champion  de boxe d’Afrique du nord il ne supporte plus le prix à payer, rêve d’une vie de famille avec Irène, veut tout laisser tomber. Ce n’est pas simple. Son destin est écrit.



mardi 4 août 2015

L’Olympe des infortunes Y.Khadra


  -Regarde pas !
Junior sursaute en pivotant sur ses talons.
Ache le Borgne se tient derrière lui, debout sur un amas de détritus, les poings sur les hanches, outré. Sa grosse barbe s’effrange dans le souffle de la brise.
Junior baisse la tête à la manière d’un galopin pris en faute. D’un doigt désemparé, il se gratte le sommet du crâne.
-          -J’sais pas comment j’ai échoué par ici.
-         -Ah ! Oui…
-          -C’est la vérité, Ach. J’étais en train de me faire du souci en marchant et j’sais pas  j’ai échoué par ici.
-          -Menteur ! frémit Ach de la tête aux pieds. Tu n’es qu’un fieffé menteur, Junior. Tu mettrais ta langue dans de l’eau bénite qu’elle sentirait le caniveau.
-          -Je t’assure…
-         - T’as rien à dire. Quand on est fait comme un rat, on n’essaye pas de se débiner. C’est une question de dignité.
Lorsque  Ache est hors de lui, la taie sur son œil abîmé semble se confondre totalement avec le blanc qui la cerne, faisant surgir davantage son œil sain.Un dépotoir au bord de la mer, au bord de la mer. Des laissés pour compte y vivent, paradis de liberté, au milieu des détritus, de la crasse, des restes rejetés par la civilisation. Déprimant.

mardi 25 novembre 2014

Yasmina Khadra Casa Arabe

Fan de Khadra, je n'ai pas voulu rater sa visite à Madrid pour présenter son dernier roman. Soirée pluvieuse à Madrid, salle à moitié pleine.
Quelques propos de l'auteur:
Blessé par l'échec de sa récente tentative d'entrer en politique dans son pays, l'amertume ne le quitte pas, il insiste à maintes reprises sur le désespoir de l'Algérie.
Il écrit pour oublier la banalité du monde, définit l'homme comme une femme ratée, affirme que la paix est en chômage technique, le livre est le meilleur ami de l'homme, vivre, c'est un danger, mais c'est aussi un espoir.
Pourquoi écrire en français, tout jeune il voulait devenir poète en arabe, après avoir lu L'Etranger, il a décidé de devenir romancier en français, la langue porte l'imaginaire, lui permet d'aller à l'essentiel. Un écrivain fait des libres, mais c'est le lecteur qui fait l'écrivain.
Le printemps árabe est une invention occidentale, un élan sans suite, il manquait des gens qui incarnent cet idál.
La Tunisie est le pays le plus émancipé, le plus moderne et le plus intelligent, c'est la chance de tous les peuples árabes. Ils ont la forcé, la conviction.
Le désespoir algérien répose sur la corruption, le manque d débouchés, c'est un pays sans rêves, c'est la patrie du renoncement.
Il dit écrire pour se faire plaisir, pour échapper à la banalité du monde de tous les jours. Son imaginaire lui permet de Voyager, il n'a jamais été en Palestine où se déroule L'Attentat.
Ses livres il les aime tous, mais il est particulièrement fier de Cousine K et d'un autre dont je n'ai pas compris le titre.

mercredi 26 septembre 2012

Les hirondelles de Kaboul Y.Khadra

Au diable vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme les bras d'un supplicié. Une chaleur caniculaire a résorbé les hypothétiques bouffées d'air que la nuit, dans la débàcle de sa retraite, avait omis d'emporter. Depuis la fin d ela matinée, pas un rapace n'a rassemblé assez de motivation pour survoler ses proies. les bergers, qui, d'habitude, poussaient leurs maigres troupeaux jusqu'au pied des collines, ont disparu. A des lieues à la ronde, hormis les quelques sentinelles tapies dans leurs miradors rudimentaires, pas âme qui vive. Un silence mortel accompagne la déreliction à perte de vue.
Deux femmes cachées dans la ville assiégée par la violence des talibans refusent de se résigner, cherchent une issue. Deux hommes qui ont perdu une partie de leur humanité vont les abandonner, la mort le seul moyen d'échapper à l'enfer.

vendredi 21 septembre 2012

L'équation africaine Y.Khadra

Lorsque j'ai rencontré l'amour, je m'étais dit, ça y est, je passe de l'existence à la vie et je m'étais promis de veiller à ce que ma joie demeure à jamais. Ma présence sur terre se découvrit un sens et une vocation. et moi une singularité... Avant, j´étais un médecin ordinaire entamant une carrière ordinaire. Je grignotais ma part d'actualité sans réel appétit, négociant par ci de rares conquêtes féminines aussi dénuées de passion que de traces, me contentant par-là de copains de passage que je retrouvais certains soirs au pub et le week-end en forêt pour une gentille randonnée-, bref, de la routine à perte de vue avec de temps à autre un événement aussi fugace et flou qu'une impression de déjà-vu qui ne m'apportait rien de plus qu'un banal fait divers dans un journal.
Cette monotine va se rompre lorsque la femme du docteur se suicide, sans motif apparent valable, sa vie chancelle. Pour se retrouver il accepte d'accompagner un ami qui se rend en Afirque faire de l'humanitaire et là sa routine assommante va disparaître:l'Afrique la plus primitive leur tombe dessus.
Une expérience qui transforme sa vie. Superbe l'écriture de Khadra.
 
Vis chaque matin comme s'il était le premier
Et laisse au passé ses remords et méfaits
Vis chaque soir comme s'il était le dernier
Car nul ne sait de quoi demain sera fait

vendredi 3 août 2012

La part du mort Y.Khadra

A croire que la terre s’est arrêtée de tourner. J’ai le sentiment de me décomposer au fil des minutes, que chaque instant qui s’en va emporte avec lui un pan de mon être. Un calme désespérant pèse sur la ville. Tout baigne. Les gens vaquent à leurs occupations, les mémés sont peinardes et aucun drame ne court les rues.
Pour un flic dynamique, c’est la cale sèche.
Depuis la neutralisation du Dab, Alger respire. On se couche tard, on se lève rarement. L’Etat-providence se délecte du farniente avec le même détachement que ses décideurs. Du matin au soir, le petit peuple remue paresseusement ça et là, un doigt dans le nez et l’œil dans le vague.
Il ne déçoit jamais, un plaisir de lire les aventures du commissaire Llob.

mercredi 23 juillet 2008

Morituri Yasmina Khadra

A Alger, il y a des jours où le ciel et la mer se mettent d'accord pour inspirer un sentiment de plénitude incroyable. C'est bleu jusque dans le lit de Neptune, et le soleil rebelle et facétieux s'arrange pour réhabiliter l'été en plein coeur de l'hiver. De tous les soleils de la terre, le nôtre est le seul à réussir ce tour de passe-passe.
Tout paraît rasséréné. On entend pépier les oiseaux et bruire le feuillage. L'air est une noce de bouffées de chaleur et de senteurs délicates. On a envie de s'assoupir et de ne plus se réveiller.
Il n'y a pas de doute: le paradis est de Dieu. Quant à l'enfer, il vient des hommes.

mardi 6 mai 2008

Le dingue au bistouri Yasmina Khadra

Il y a quatre choses que je déteste.
Un: qu'on boive dans mon verre.
Deux. qu'on se mouche dans un restaurant.
Trois: qu'on me pose un lapin.
Quatre: rester là, à ne rien foutre, dans mon bureau minable au fin fond d'un couloir cafardeux où les relents des latrines et les courants d'air adorent flûter.
Aujourd´hui, comme hier et demain peut-être, je me morfonds comme un beau diable dans une mosquée. Les quelques dossiers tape-à-l'oeil qui traînent sur mon bourlingue me fatiguent. Il y a autant d'empreintes digitales dessus que sur un lépreux. Des histoires de moeurs à la con, des choses routinières vachement roturières qui vous ensommeilleraient un chat sur ses excréments. Des dépositions bizarroïdes, des plaintes anonymes, des déclarations de shizo en mal d'hallucinations...Bref, de la déprime à perte de vue.

dimanche 6 janvier 2008

Les sirènes de Bagdad Yasmina Khadra

Beyrouth retrouve sa nuit et s'en voile la face. Si les émeutes de la veille ne l'ont pas évéillée à elle-même, c'est la preuve qu'elle dort en marchant. Dans la tradition ancestrale, on ne dérange pas un somnambule, pas même lorsqu'il court à sa perte.
Je l'imaginais différemment, arabe et fière de l'être. je me suis trompé. Ce n'est qu'une ville indéterminable, plus proche de ses fantasmes que de son histoire, tricheuse et volage, décevante comme une farce. C'est peut-être à cause de son entêtement à vouloir ressembler aux cités ennemies que ses saints patrons l'ont reniée, la livrant ainsi aux traumatismes des guerres et aux précarités des lendemains. Elle a vécu le cauchemar grandeur nature- à quoi cela lui a-t-il servi?...