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vendredi 13 avril 2018

La saison de l'ombre L.Miano

Elles l'ignorent, mais cela leur arrive au même moment. Celles dont les fils n'ont pas été retrouvés ont fermé les yeux , au bout de plusieurs nuits sans sommeil. Les cases n'ont pas toutes été rebâties après le grans incendie. Regroupées dans une habitation distante des  autres, elles combattent de leur mieux le chagrin. Le jour durant, elles ne disent rien de l'inquiétude, ne prononcent pas le mot de perte, ni les noms de ces fils que l'on n'a pas revus. En l'absence du guide spirituel, lui aussi perdu on ne sait où, le Conseil a pris les décisions qui semblaient s'imposer. Des femmes ont été consultées: les plus âgées. Celles qui ne voient plus leur sang depuis de longues lunes. Celles que le clan considère désormais comme les égales des hommes.
On est en Afrique. C'est le clan qui compte avant tout. La communauté doit être protégée, le chagrin mis à l'écart. La société fonctionne depuis toujours selon des codes que chaque individu, hommes, femmes, enfants, respectent. Leur monde s'arrête non loin de là, toujours dans la brousse, où vit un autre peuple, plus nombreux, plus puissant, les Bwele. Les Mulongo commercent et entretiennent avec eux de bonnes relations. Personne n'est allé au delà.
Ce roman s'incrit  dans la littérature qui donne voix à ceux qui en ont été privés, les Africains réduits en esclavage par la Traite.

jeudi 24 avril 2008

Contours du jour qui vient Léonora Miano

Il n'est que des ombres alentour, c'est à toi que je pense. Non pas qu'il fasse nuit, et que les vivants aient soudain épousé les couleurs du moment. Il aurait pu en être ainsi, si le temps prenait encore la peine de se fractionner en intervalles réguliers: secondes, minutes, heures, jours, semaines... Mais le temps lui-même s'est lassé de ce découpage. Le temps a bien vu comme nous toutes, comme moi, que pareil décompte ne faisait pas de sens. Pas ici où nous sommes. Qu'il y ait un matin ou qu'il y ait une nuit, tout est semblable. Il n'est plus que des ombres alentour, je suis l'une d'elles, et c'est à toi que je pense.