mardi 28 septembre 2010

Le vin de solitude I.Némirovsky

Dans la partie du monde où Hélène Karol était née, le soir s'annonçait par une poussière épaisse qui volait lentement dans l'air et retombait avec la nuit humide. Une trouble et rouge lumière errait au bas du ciel; le vent ramenait vers la ville l'odeur des plaines ukrainiennes , une faible et âcre senteur de fumée et la fraîcheur de l'eau et des joncs qui poussaient sur les rives. Le vent soufflait d'Asie; il avait pénétré entre les monts Oural et la mer Caspienne; il avait roulé devant lui des flots de poussière jaune qui craquait sous les dents; il était aride et cinglant; il emplissait l'air d'un grondement sourd qui s'éloignait et se perdait vers l'ouest. Tout s'apaisait alors. Le soleil couchant pâle, et sans forces, voilé d'un nuage livide, plongeait dans le fleuve.
Magnifique description des sentiments de haine.

dimanche 26 septembre 2010

Bas les voiles! Chahdortt Djavann

Les femmes musulmanes qui ont pu s'en sortir gràce aux lois et à l'éducation républicaines et laïques de la France et qui aujourd'hui revendiquent le voile pensent-elles jamais à ces autres femmes, ensevelies sous le voile, qui dans leur pays n'ont aucun droit? Je me demande si elles mesurent la situation de ces femmes privées de l'éducation la plus élementaire, qui n'ont, pour les plus pauvres d'entre elles, pas même un acte de naissance, ces femmes écrasées, ces femmes très nombreuses des régions les plus désertiques et les plus isolées des pays musulmans. Peut-être un séjour dans un pays comme l'Afghanistan ferait-il le plus grand bien à celles qui se prétendent "libérées par le voile"? Peut-être pourraient-elles faire partager leur "liberté" aux femmes afghanes?
Témoignage d'une femme iranienne obligée à porter le voile pendant dix ans, Plaidoyer en faveur de l'interdiction du port du voile dans les écoles pour protéger les mineures.Courageux.

mercredi 22 septembre 2010

Nazis dans le métro D. Daeninckx

Sloga avait lu L'Indépendant de Perpignan en avalant un café sans génie à la terrasse des Trois Grâces, juste avant de prendre la route.
Un écrivain marginal se fait tabasser par un groupe nazi, un detective enquête. Le roman est loin d'être captivant.

jeudi 9 septembre 2010

La Fábrica de horchata de Madrid


Boisson espagnole à base de tubercules de souchet, ressemble au lait par la couleur blanche, mais sa saveur est différente. Typique de Valence, elle est très appréciée l'été et se boit en trempant des fartons.
Cette vieille usine, la plus vieille de Madrid, se trouve dans le quartier de Tetuan, Métro Estrecho, rue Pedro Tezano 11.
On peut commander un grand verre 1,60 euros ou acheter 1 litre à consommer à la maison, l'élaboration totalement artisanale oblige à boire l'horchata dans les 48 heures.

mercredi 8 septembre 2010

Syngué sabour Atiq Rahimi

La chambre est petite. Rectangulaire. Ell est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d'oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués ça et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d'un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.
La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf sur le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d'un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés, visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d'aigle.
Une femme veille son mari blessé dans une vulgaire bagarre, un héros de la Djihad à qui on l'a mariée et qu'elle a attendu trois ans. Il n'en finit pas de mourir, alors pour la première fois elle lui raconte ses secrets...rappelle Cinco horas con Mario.

mardi 7 septembre 2010

Eldorado Laurent Gaudé


A Catane, en ce jour, le pavé des ruelles du quartier du Duomo sentait la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi. Des seaux, à terre, recueillaient les entrailles de la mer que les hommes vidaient d'un geste sec. Les thons et les espadons étaient exposés comme des trophées précieux. Les pêcheurs restaient derrière leurs treteaux avec l'oeil plissé du commerçant aux aguets. La foule se pressait, lentement, comme si elle avait décidé de passer en revue tous les poissons, regardant ce que chacun proposait, jugeant en silence du poids, du prix et de la fraîcheur de la marchandise.
Le vieux commandant Piracci surveille la mer, ramasse les émigrants qui s'aventurent vers l'Eldorado européen pour les livrer aux carabineri. Jusqu'au jour où la rencontre avec une femme qui vient de survivre à son enfant le ramène à la réalité. Doréanavant il cesse de croire à sa mission, abandonne son monde et fera la traversée inverse.
On n'arrive pas à comprendre ce revirement chez le commandant, est-ce sa jeunesse et sa force disparues qui le poussent au large?