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dimanche 21 avril 2024

Le silence et la colère P. Lemaitre

Dans la famille, dès le début février, la perspective du "pèlerinage Pelletier occupait tous les esprits, ceux des parents qui souhaitaient maintenir la tradition, comme ceux des enfants qui, chaque année, tentaient d'y échapper. Cette cérémonie commémorait, le premier dimanche dimanche de mars, la fondation à Beyrouth de ce que Louis Pelletier continuait d'appeler "la savonnerie familiale, qui n'était en réalité que la sienne. La famille devait se rendre en cortège rue de la Marseillaise, en face des entrepôts de la douane, faire le tour de la fabrique, puis revenir déjeuner avenue des Français après une étape, pour l'apéritif, au Café des Colonnes.

Fresque sur une époque, moins spectaculaire que son premier épisode, Le silence et la colère est un roman "kaléidoscope". Ce roman est pour beaucoup une histoire de femmes, qui se battent pour leur liberté affective et professionnelle (dans le silence), et taisent une colère qui explosera quelques décennies plus tard dans les mouvements de libération de la femme, et sur d'autres terrains, dont les mouvements écologistes. Car au-delà de quelques suspens habilement distillés, on ne peut s'empêcher de se dire… "Ah, mais cela se passait vraiment comme cela dans les années 50 ?" Pierre Lemaitre, dans ces pages, exalte la "petite" histoire.

mardi 7 mars 2023

Le grand monde P. Lemaitre

Au fil des années, la procession familiale qui empruntait l'avenue des Français avait connu bien des variantes, mais jamais encore elle n'avait pris l'allure d'un cortège funèbre. Au détail près qu'elle était bien vivante, il semblait,  cette année, qu'on emmenait Mme pelletier à sa dernière demeure. Son mari, lui, comme à son habitude, marchait en tète d'un pas d'autant plus solennel que son épouse se traînait loin derrière et ne cessait de s'arrêter pour adresser à son fils Etienne le regard d'une agonisante qui supplie qu'on l'achève. Derrière eux, Jean  dit Bouboule, en digne aîné, avançait d'un pas raide, sa petite épouse Geneviève trottinant à son bras. François fermait la marche en compagnie d'Hélène.

L'époque (les 30 glorieuses) est narrée avec précision , les personnages sont hauts en couleurs, il y a la guerre (toujours), des meurtres, une escroquerie, quelques trahisons et de l'amour. Beaucoup d'amour. Ce roman est un véritable condensé des passions humaines par l'entremise d'une famille, les Pelletier père et mère et de leurs 4 enfants : Jean, François, Étienne et Hélène. C'est dépaysant (on voyage de Beyrouth à Paris en passant par Saïgon), virevoltant, addictif.

dimanche 11 décembre 2022

Miroir de nos peines P.Lemaitre

Ceux qui pensaient que la guerre commencerait bientôt s`´etaient lassés depuis longtemps,M.Jules le premier. Plus de six mois après la mobilisation générale, le patron de la petite Bohème, découragé, avait cessé d'y croire: A longueur de service, Louise l'avait mème entendu professer qu'en réalité "cette guerre, personne n'y avait vraiment cru". Selon lui, ce conflit n'était rien d'autre qu'une immense tractation di`plomatique à l'échelle de l'Europe, avec des discours patriotiques spectaculaires, des annonces tonitruantes, une gigantesque partie d'échecs dans laquelle la mobilisation générale n'avait été qu'un effet de manches supplémentaire.  Il y avait bien eu quelques morts ici et là-"davantage, sans doute, qu'on nous le dit!", -cette agitation dans la Sarre, en septembre, qui avait coûté la vie à deux ou trois cents bonshommes, mais enfin, "c'est pas ça une guerre!" disait-il en passant la tête par la porte de la cuisine. 

Troisième et dernier roman de sa saga romanesque "Les Enfants du désastre". Après "Au-revoir là-haut" et "Couleurs de l’incendie", il clôt sa trilogie dans la France de 1940, de la drôle de guerre à l’exode. Il y a un vrai rythme et une vraie tonalité. Son personnage, Désiré Migault, s'invente sans arrêt des identités. C'est un faux avocat, un faux médecin, un faux instituteur, un faux chirurgien, un faux préposé à la censure, à la propagande, un faux aviateur. Surtout, là où il m'enchante, c'est en faux curé : il est extraordinaire ! Et les personnages les plus attachants sont les moins recommandables, c'est ça qui est assez beau : Désiré, Raoul le voyou, Jules le bistrotier et bien sûr, Louise qui, elle, est très recommandable et qui est au-dessus du lot. Un roman passionnant dont on regrette de tourner la dernière page...

mercredi 6 avril 2022

Le serpent majuscule P. Lemaitre

Mathilde tape de l'index sur le volant. Sur l'autoroute les voitures dansent la valse-hésitation depuis plus d'une demi-heure et elle est encore à dix kilomètres du tunnel de Saint-Cloud. La circulation s'immobilise des minutes entières et d'un coup, mystérieusement, l'horizon se dégage et la Renault 25, calée contre la glissière de sécurité, file de gauche, recommence à rouler, 60, 70, 80, puis de nouveau s'arrête brutalement. L'effet accordéon. Elle se battrait. Elle a pourtant pris toutes les précautions: partie très en avance, elle a emprunté la nationale le plus longtemps possible et s'est résolue à aborder l'autoroute lorsque le radioguidage a assuré qu'il n'y avait pas d'encombrements.

Pour son tout nouveau roman, Pierre Lemaitre fait paraître celui qui fut son tout premier, un polar écrit en 1985, mais qui n’avait jamais été publié jusque-là. Il faut toujours se méfier des vieilles dames bien mises aux allures de retraité. Évidemment, elle est formidable dans son côté froide, gâchette d'acier. Évidemment, comme elle est tueuse à gages, elle ne peut pas être retrouvée par la police, puisque rien ne la rattache aux différentes victimes. C'est du travail à l'ancienne, à partir des cabines téléphoniques et il y a, au milieu du livre, quelque chose de foudroyant : le passage dans la Résistance et ce qu'on découvre de son activité pendant cette sombre période où elle exécutait des nazis. 
Mais elle avait une façon de le faire qui était assez effroyable et qui glaçait le sang des résistants. C'est une façon pour elle, évidemment, de se faire la main. Mais se faisant, elle séduisait ce fameux Henri qu'elle a découvert dans la Résistance et qui, ensuite, ressent un vrai béguin pour elle, et réciproquement. Un béguin intéressant par rapport à l'intrigue : on est dans le même registre de discrétion, de silence et de refoulement dans leur amour que dans l'exécution des crimes.

Dialogues cinglants, portraits saisissants, scénario impitoyable...

jeudi 8 novembre 2018

Couleurs de l'incendie P.Lemaitre


Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s'achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l'heure. Dès le début de la mati­née, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parle­mentaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d'argent portant le chiffre du défunt qui cou­vrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d'ordonner toute cette foule dans l'attente de la levée du corps. On reconnaissait beau­coup de visages. Des funérailles de cette importance, c'était comme un mariage ducal ou la présentation d'une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Deuxième tome de la trilogie, le personnage principal est Madeleine, riche héritière, mais en 1917 elle devait faire confiance à Gustave Joubert, le fondé de pouvoir de la Banque Péricourt, qu'elle n'a pas voulu épouser et qui se vengera en la ruinant. Il y a Paul, âgé de sept ans, le fils de Madeleine qui malheureux tente de mourir. Il y a Léonce, la belle employée de maison, l'oncle Charles, Vlady, la nurse polonaise; Solange, la diva italienne...et des événnements, le krach boursier, la montée du fascisme, les débuts de l'aviation, l'évasion fiscale,  le tout raconté avec humour.
On attend le troisième volume.

 Pierre Lemaitre présente ses « Couleurs de l’incendie », deuxième volet de la trilogie inaugurée avec « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013 à la Grande Librairie.



vendredi 17 août 2018

Travail soigné P.Lemaitre

Trilogie Verhoeven, tome1
- Alice... dit-il en regardant ce que n'importe qui, sauf lui, aurait appelé une jeune fille.
Il avait prononcé son prénom pour lui faire un signe de connivence mais sans parvenir à créer chez elle la moindre faille. Il baissa les yeux vers les notes jetées au fil de la plume par Armand au cours du premier inteerrogatoire: Alice Vandenbosch, 24 ans. Il tenta d'imaginer à quoi pouvait normalement ressembler une Alice Vandenbosch de 24 ans. Ça devait être une fille jeune, au visage long, aux cheveux châtain clair, avec un regard droit. Il leva les yeux et ce qu'il vit lui sembla parfaitement improbable. Cette fille ne resemblait pas à elle-même: des cheveux autrefois blonds, plaqués sur le crâne, avec de longues racines sombres, une blancheur de malaise, un large hématome violacé sur la pommette gauche, un mince filet de sang séché au coin de la lèvre ... et pour les yeux, hagards et fuyants, plus rien d'humain que la peur, une terrible peur qui lui provoquait encore des frissons comme si elle était sortie sans manteau un jour de neige. Elle tenait son gobelet de café à deux mains, comme la rescapée d'un naufrage.
Polar bien sanglant, des scènes sanguinaires des sévices commis sur les corps de cinq femmes.Le tueur est un copycat qui reproduit avec application les meurtres les plus effroyables de la littérature policière. Le commissaire Camille Verhoeven a une particularité, il ne mesure que 1,45m.
Dans ce polar, le tueur est un copycat qui reproduit avec application les meurtres les plus graphiques et les plus effroyables de la littérature policière.Véritable hommage littéraire aux grands classiques du genre tels Le dahlia noir de James Ellroy, American Psycho de Bret Easton Ellis.
Très bien écrit, nourri de références littéraires Pierre Lemaitre varie les plaisirs et les exercices de style : correspondances épistolaires, articles de journal, dialogues incisifs, narration type du roman policier.

jeudi 23 juin 2016

Au revoir là-haut P.Lemaitre

Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.
Après ce livre, je ne verrai plus monuments aux morts et cimetières militaires de la même manière...Beaucoup aimé.

dimanche 17 janvier 2016

Robe de marié P.Lemaitre

Assise par terre, le dos contre le mur, les jambes allongées , haletante.
Léo est tout contre elle, immobile, la tête posée sur ses cuises. D'une main, elle caresse ses cheveux, de l'autre, elle tente de s'essuyer les yeux, mais ses gestes sont désordonnés. Elle pleure. Ses sanglots deviennent parfois des cris, elle se met à hurler, ça monte du ventre. Sa tête dodeline d'un côté, de l'autre. Parfois, son chagrín est si intense qu'elle se tape l'arrière de la tête contre la cloison.
 
 Une histoire de voyeur qui a le sens de l'ubiquité, une jeune femme qui est sur le point de devenir folle d'angoisse et d'incompréhension. Un psychopathe qui flanche. Bref, j'ai accroché la première partie, on sent bien que Sophie est innocente.... mais jamais on ne devinerait que....