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samedi 16 février 2019

Les cigognes sont immortelles A. Mabanckou

Maman Pauline dit souvent que lorsqu'on sort il faut penser à mettre des habits propres car les gens critiquent en premier ce que nous portons, le reste on peut bien le cacher, par exemple un caleçon gâté ou des chaussettes trouées.
Je viens donc de changer de chemise et de short.
Papa Roger est assis sous le manguier, au bout de la parcelle, très occupé à écouter notre radio nationale, La Voix de la Révolution Congolaise, qui, depuis hier après -midi, ne passe que de la musique soviétique.
Sans se retourner, il me donne des consignes:
- Michel, ne traîne pas sur ton chemin! N'oublie pas les courses de ta mère, mon vin rouge, mon tabac, et ne perds pas ma monnaie!

Situé dans les années 70, le jour de l'assassinat du camarade président Marien Ngouabi, on assiste aux bouleversements de cette action violente sous le regard de Michel, 14 ans, collégien rêveur et sa famille. On a un peu de mal à rentrer dans le roman, trop de dates et de noms de l'histoire de l'Afrique post-coloniale.
On retrouve la prose rigolote et poétique de Mabanckou, ça rappelle Petit Piment.



lundi 23 octobre 2017

Le monde est mon langage A.Mabanckou

Saint-Germain-des-Prés, soudain, paraît bien petit et le centre se perd sur la carte qui ouvre le livre. Alain Mabanckou entraîne son lecteur dans un formidable voyage littéraire à travers trois continents : l'Afrique, où il est né en 1966, l'Europe, où il est venu s'installer à l'âge de 22 ans, et l'Amérique, où il enseigne. Chaque chapitre est une étape de ce voyage, de Paris à Paris, du jardin du Luxembourg où Le Clézio lui confie que la « vraie fonction de l'écriture » est « l'urgence d'agir », à Château-Rouge, dans le 18e arrondissement, où Jocelyn le Bachelor, figure emblématique du milieu de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) se rêve en personnage de roman. Le monde est mon langage dessine ainsi une sorte de géographie intime, une autobiographie littéraire où l'on croise des écrivains vivants ou morts d'expression française, Dany Laferrière à Montréal, Edouard Glissant à Sainte-Marie (Martinique), Gary Victor à Port-au-Prince, ou encore Sony Labou Tansi, Aminata Sow Fall ou Bessora. Alain Mabanckou, professeur de littérature à l'université de Californie, est un érudit, mais l'auteur de Verre cassé est aussi un conteur magnifique : rencontres, analyses, entretiens, lettres, toutes les formes se déploient et la balade est aussi vive que le propos est passionnant. En ces temps de repli identitaire, il est bon de le constater : la littérature d'expression française est un monde, et sa richesse tient à l'échange entre les cultures. — Michel Abescat Telerama


jeudi 5 octobre 2017

Et Dieu seul sait comment je dors. A.Mabanckou

Où est la vérité? Longtemps, ils l'ont cherchée. Ils ont alors raconté l'histoire de cet homme à leur manière. Ils ont cru tout dire. Ils ont cru tout dévoiler. Pourtant la part de l'ombre s'est étalée comme une tache noire et grasse sur un linge blanc. Restent à présent les miettes des rumeurs, les tessons des ragots et les épluschures des on-dit...

Un Antillais, Auguste-Victor, natif de Saint-Sauveur, est hanté par un passé ténébreux, par l'image permanente d'un enfant qui pleure dans un berceau et par une femme aux "traits indous", aux "longs cheuveux ondoyants", au regard de nymphe, cette femme qui est la seule éclaircie de son existance, cette femme qui lui fit même oublier l'ingratitude de son physique. Et puis, il y a Makabana, le vieil africain, bossu, personnage solitaire, énigmatique et curieux, échoué en Guadeloupe, depuis un demi-siècle. Il croise pour la première fois Auguste-Victor. A partir de ce jour là, il ne dormira plus...

samedi 30 septembre 2017

Lumières de Pointe-Noire A.Mabanckou

J’ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m’évertue désormais à rétablir la vérité dans l’espoir de me départir de ce mensonge qui ne m’aura permis jusqu’alors que d’atermoyer le deuil. J’ai encore sur le visage la cicatrice de cette disparition, et même s’il m’arrive de l’enduire d’une couche de joie factice, elle remonte à la surface lorsque s’interrompt soudain mon grand éclat de rire et que surgit dans mes pensées la silhouette de cette femme que je n’ai pas vue vieillir, que je n’ai pas vu mourir et qui, dans mes rêves les plus tourmentés, me tourne le dos et me dissimule ses larmes.
Alain Mabanckou raconte dans cet ouvrage son retour, après vingt-trois ans d’absence, dans la ville où il a grandi, Pointe-Noire, au Congo. Il explique pourquoi il a longtemps refusé d’accepter la mort de sa mère, survenue entre-temps, et évoque quelques souvenirs d’enfance.

jeudi 6 avril 2017

Petit Piment A. Mabanckou

Petit Piment tient plutôt de la fable et rappelle dans la forme Verre Cassé (2005) et Mémoires de porc-épic (2006). Il met en scène un gamin orphelin qui fuit l'orphelinatpour se perdre dans les rues de Pointe-Noire, puis auprès de « Maman Fiat 500 » et de ses dix filles, toutes plus belles les unes que les autres. A travers les pérégrinations de Petit ­Piment, c'est l'histoire de ce pays, dans les années 1960-1970, l'indépendance, la révolution socialiste que le lecteur découvre en filigrane. Et, au-delà du destin de quelques personnages, la cor­­ruption, les conflits ethniques, la pauvreté, la condition des femmes.
C'est le roman de l'extérieur en Afrique, comme il le dit lui même.
Tout avait débuté à cette époque où, adolescent, je m'interrogeais sur le nom que m'avait attibué Papa Moupelo, le prêtre de l'orphelinat de Loango: Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Ce long patronyme signifie en lingala "Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres", et il est encore gravé sur mon acte de naissance...
Papa Moupelo était un personnage à part, sans doute l'un de ceux, qui m'avaient le plus marqué pendant les années que j'avais passées dans cet orphelinat. Haut comme trois pommes, il chaussait des Salamander à grosses semelles- nous les appelions des "chaussures à étages"- et portait de larges boubous blancs qu'il se procurait auprès des commerçants ouest-africains du Grand Marché de Pointe-Noire. Il ressemblait alors à un épouventail de champ de maïs, en particulier au moment où il traversait la cour centrale et que les vents secouaient les filaos qui entouraient l'enceinte de l'orphelinat.

lundi 4 avril 2016

Black Bazar A. Mabanckou

Quatre mois se sont écoulés depuis que ma compagne s'est enfuie avec notre fille et L'Hybride, un type qui joue du tam-tam dans un groupe que personne ne connaît en France, y  compris à Monaco et en Corsse. En fait je cherche maintenant à déménager d'ici. J'en ai assez du comportement de mon voisin monsieur Hippocrate qui ne me fait plus de cadeaux, qui m'épie lorsque je descends au sous-sol dans le local des poubelles et qui m'accuse de tous les maux de la terre. En plus, quand j'entre chez moi je ne supporte plus de deviner la silhouette de mon ex et celle de L'Hybride qui rôde quelque part.

Un tableau drolatique de la communauté africaine au sein de la capitale, un personnage attachant Fessologue, surnommé ainsi pour sa connaissance approfondie des derrières féminins (les faces B), qui tente de surmonter sa colère en écrivant un journal sur une vieille machine à écrire.

vendredi 29 janvier 2016

Verre cassé A.Mabanckou

disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m'a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l'histoire d'un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu'on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le grand patron parce qu'il prend tout au premier degré, et lorsqu'il m'avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c'était pour lui, pour lui tout seul, que personne d'autre ne le lirait, et alors, j'ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu'il ne voulait pas que Le crédit à voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n'avaient pas el sens de la conservation de la mémoire, que l'époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire était finie, que l'heure était désormais à l'écrit parce que c'est ce qui reste, la parole, c'est de la fumée noire... 
Relu pour la deuxième fois à l'occasion d'un atelier lecture à la Central, j'y ai pris beaucoup plus de plaisir que la première, je me suis régalée. lLa majuscule manquante ne gêne pas la lecture, des histoires singulières et drôles que Mabanckou nous raconte à l'oreille ou à voix haute, souffrance, tendresse, de clin d'oeil en clin d'oeil, on reconnaît Céline,Mishima, García Márquez, Vian et beaucoup d'autres.

lundi 3 juin 2013

Demain j'aurai vingt ans A.Mabanckou

Dans notre pays un chef doit être chauve et avoir un gros ventre. Comme mon oncle n'est pas chauve et n'a pas de gros ventre, quand tu le vois c'est pas tout de suite que tu peux savoir que lui c'est un vrai chef avec un grand bureau au centre-ville. Il est "directeur administratif et financier". D'après maman Pauline, un directeur administratif et financier c'est quelqu'un qui garde tout l'argent de la compagnie et c'est lui aussi qui dit: Toi je t'embauche, toi je t'embauche pas.

Le regard d'un gamin intelligent sur la société en changement. A suivre.

samedi 2 juin 2012

Casa Arabe presenta Mañana cumpliré veinte años, de Alain Mabanckou

A l'occasion de la parution de la traduction à l'espagnol de son roman autobiographique "Demain j'aurai vingt ans", nous avons eu la chance d'assister à cette présentation, peu de monde dans la salle.

Mabanckou a parlé de son enfance dans un pays communiste qui abandonnait l'anglais, langue des capitalistes, au bénéfice du russe, qu'il a appris à l'école. C'est donc la peinture d'une famille congolaise dans les années 70-80; le portrait de sa mamam Martine  et aussi sa maman Pauline, d'une famille nombreuse; d'un chien Miguel à la fin tragique, des premiers émois entre Michel et Caroline. C'est son livre le plus autobiographique.
Il revient à la ponctuation traditionnelle, car, explique t-il, il s'agit de ne pas prendre des tics et parce que Verre cassé et Mémoires d'un porc épic sont deux romans liés, une sorte de dyptique où la ponctuation n'avait rien à faire. Il rappelle son échec reitéré lorsqu'il a envoyé son manuscrit pour la première fois, refusé aprtout, il a fallu attendre pour qu'une nouvelle lectrice chez Seuil le découvre.
L'image est pour lui plus importante que les mots, il cite "se faire rouler dans la farine ...de manioc, son mensonge était aussi gros qu'une résidence secondaire d'un dirigeant africain"des comparaisons qu'il a créés.
Il revendique la négritude et affirme que les Africains ne se connaissent pas entre eux; ni leurs histoires, ni leurs langues; la différence entre le colonialisme anglophone qui a su intégrer les auteurs africains qui écrivent en anglais et le colonialisme francophone imbu de grandeur et des airs de supériorité qui ne permet pas encore d'accepter les auteurs africains qui écrivent en français comme des égaux de leurs pairs de la métropole.
Il conclue en se demandant pourquoi l'Afrique noire francophone est toujours en queue de peloton.

mardi 20 septembre 2011

Verre Cassé Mabanckou

disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m'a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l'histoire d'un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu'on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le patron parce qu'il prend tout au premier degré, et lorsqu'il m'avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c'était pour lui, pour lui tout seul, que personne d'autre ne le lirait, et alors, j'ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu'il ne voulait pas que Le Crédit a voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n'avaient pas le sens de la conversation de la mémoire, que l'époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire éstait finie, que l'heure était désormais à l'écrit parce que c'est ce qui reste...
Difficile de rentrer dans l'histoire...