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jeudi 30 janvier 2025

Les gratitudes D.de Vigan

C'est venu d'un coup. Du jour au lendemain. Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu de signes avant-coureurs. Parfois, Michka s'arrêtait au milieu de son salon, désorientée, comme si elle ne savait plus par quoi commencer, comme si le rituel, si souvent répété, soudain lui échappait. D'autres fois, elle s'arrêtait au milieu d'une phrase, elle butait, au sens propre, contre quelque chose d'invisible. Elle cherchait  un mot et en rencontrait un autre. Ou bien ne rencontrait rien, que le vide, un piège qu'il fallait contourner. Mais pendant tout ce temps, elle vivait seule, chez elle. Autonome. Et elle continuait de lire, de regarder la télévision, de recevoir quelques visites.  Et puis il y a eu ce jour d'automne, que rien n'avait annoncé. Avant, ça allait. Après, ça n'allait plus.  

Ce roman tourne autour d’une femme âgée qui répète que « vieillir, c’est apprendre à perdre ». Michèle Seld, alias Michka, était correctrice dans les journaux. Les mots étaient sa grande affaire. Et voici que les mots lui échappent. Victime d’aphasie, elle est placée dans un Ehpad. Marie, sa jeune voisine, vient la voir tous les jours. Et Jérôme, l’orthophoniste, s’attache à cette vieille dame qui voudrait retrouver, avant de mourir, le couple de La Ferté-sous-Jouarre qui a sauvé, pendant l’Occupation, la petite fille juive qu’elle était. Elle voudrait leur exprimer sa gratitude. Une gratitude qu’éprouve également Marie pour celle qui l’a accueillie lorsqu’elle allait mal. Ce roman est un tissu croisé de gratitudes. C'est de la littérature doudou, Gavalda en est aussi une digne representante. Le sujet est touchant, mais le roman est trop faible. 

jeudi 26 octobre 2017

D'après une histoire vraie D.de Vigan

Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j'ai cessé d'écrire. Pendant presque trois années, je n'ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s'entendre au pied de la lettre: je n'ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéise à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d'un bloc, d'un carnet, d'une fiche bristol me donnait mal au coeur.
Peu à peu, le geste lui même est devenu occasionnel, hésitant, ne s'exécutait plus sans appréhension. le simple fait de tenir un stylo m'est apparu de plus en plus difficile.
Astucieux dans son principe mais bancal dans sa réalisation, ce roman ne me fait pas changer d'avis sur de Vigan.
Avec cette histoire, l'auteure brouille les pistes, ce nouveau roman vient questionner le besoin de réel pour écrire un Best Seller. Des indices sont semés dans tous le roman pour souffler le chaud et le froid: le chaud visant à donner une forte impression de réel autobiographique, le froid venant rappeler qu'il s'agit de fiction. Cette démarche permet avant tout des réflexions sur le rapport de l'auteur à l'écriture et à la vérité.
Cette idée est très originale mais repose avant tout sur l'intérêt de l'histoire racontée. Or, j'ai trouvé l'histoire de base assez inintéressante et nombriliste dès les premières pages. Dès lors, peu m'importait que l'histoire racontée soit vraie ou pas.