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mercredi 28 juillet 2021

Mémoires d’Hadrien M. Yourcenar

Mon cher Marc, 

Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L’examen devait se faire à jeun: nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée. Je me suis couché sur un lit après m’être dépouillé de mon manteau et de ma tunique. Je t’épargne des détails qui te seraient aussi désagréables qu’à moi-même, et la description du corps d’un homme qui avance en âge et s’apprête à mourir d’une hydropisie du coeur. Disons seulement que j’ai toussé, respiré et retenu mon souffle selon les indications d’Hermogène, alarmé malgré lui par les progrès si rapides du mal, et prêt à en rejeter le blâme sur le jeune Iollas qui m’a soigné en son absence. Il est difficile de rester empereur en présence d’un médecin, et difficile aussi de garder sa qualité d’homme. L’oeil du praticien en voyait en moi qu’un monceau d’humeurs, triste amalgame de lymphe et de sang. Ce matin, l’idée m’est venue pour la première fois que mon corps, ce fidèle compagnon, cet ami plus sûr, mieux connu de moi que mon âme, n’est qu’un monstre sournois qui finira par dévorer son maître.

«... Je me sentais responsable de la beauté du monde», dit ce héros dont les problèmes sont ceux de l'homme de tous les temps : les dangers mortels qui du dedans et du dehors menacent lescivilisations, la quête d'un accord harmonieux entre le bonheur et la «discipline auguste», entre l'intelligence et la volonté.

mercredi 24 avril 2019

Nouvelles orientales M.Youcenar


Ces Nouvelles, écrites au cours des dix années qui ont précédé la guerre, 1929-1939 sont empruntées à des légendes, pour la plupart. Les surprenants sortilèges du peintre Wang-Fô, " qui aimait l'image des choses et non les choses elles-mêmes ", font écho à l'amertume du vieux Cornelius Berg, " touchant les objets qu'il ne peignait plus ". Marko Kralievitch, le Serbe sans peur qui sait trompait les Turcs et la mort aussi bien que les femmes, est frère du prince Genghi, sorti d'un roman japonais du XIe siècle, par l'égoïsme du séducteur aveugle à la passion vraie, comme l'amour sublime de sacrifice de la déesse Kâli, " nénuphar de la perfection ", à qui ses malheurs apprendront enfin l'inanité du désir... "
Légendes saisies en vol, fables ou apologues, ces Nouvelles Orientales forment un édifice à part dans œuvre de Marguerite Yourcenar, précieux comme une chapelle dans un vaste palais. Le réel s'y fait changeant, le rêve et le mythe y parlent un langage à chaque fois nouveau, et si le désir, la passion y brûlent souvent d'une ardeur brutale.

vendredi 12 avril 2019

Conte bleu et autres contes M.Yourcenar

Les marchands venus d’Europe étaient assis sur le pont, devant la mer bleue, dans l’ombre indigo des voiles largement rapiécées de gris. Sans cesse, le soleil changeait de place entre les cordages, et le roulis le faisait rebondir comme une balle hors d'un filet aux mailles trop larges. Le navire virait continuellement pour éviter les écueils, et le pilote attentif caressait son menton bleu.
Les marchands débarquèrent au crépuscule sur un rivage pavé de marbre blanc. Des veines bleuâtres couraient à la surface des grandes dalles de pierre, qui avaient autrefois servi au revêtement des temple.
 
Trois nouvelles dans ce recueil : «Conte bleu», «Le premier soir» et  «Maléfice». Retrouvés après la mort de Marguerite Yourcenar et rassemblés. ils auraient été écrits entre 1927 et 1930, soit entre les 24 et 27 ans de l'écrivaine.  «Conte bleu», le premier a effectivement l’allure, la consistance d’un conte. Paysages, décors, couleurs y prennent une dimension essentielle.

vendredi 16 janvier 2015

Une reconstitution passionnelle Supervielle/Yourcenar

Correspondance entre Marguerite Yourcenar et Silvia Baron Supervielle, traductrice de quelques-uns des poèmes à l'espagnol.  Leur échange épistolaire témoigne d'une grande complicité entre les deux femmes. Cette connivence s'articule notamment autour des préoccupations communes qui sont la langue, la traduction, et bien sûr l'écriture. Entamé au début des années 80 lorsque Supervielle écrit à Petite Plaisance pour évoquer ses traductions des poèmes de Marguerite Yourcenar vers l'espagnol, l'échange s'interrompt en juillet 1987, peu de temps avant la mort de l'écrivaine.
Grande voyageuse, curieuse, fan de la Alhambra et l'Espagne, même si elle ne parlait pas l'espagnol, elle était capable de saisir le rythme de ses vers.