Affichage des articles dont le libellé est Louis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Louis. Afficher tous les articles

lundi 2 janvier 2023

Changer: méthode E. Louis

Il est minuit trente-trois  et je commence à écrire depuis cette chambre sombre et silencieuse. Dehors à travers la fênetre ouverte j'entends des voix dans la nuit et les sirènes de police, au loin. J'ai vingt six ans et quelques mois, la plupart des gens diraient que ma vie est devant moi, que rien n'a commencé encore et pourtant je vis depuis longtemps déjà avec l'impression d'avoir trop vécu; j'imagine que c'est à cause de ça que le besoin d'écrire est si profond, comme une manière de fixer le passé dan l'écrit, et par là, je suppose, de s'en débarrasser; ou peut-être, au contraire, que le passé est tellement ancréen moi maintenant qu'il m'impose de parler de lui, à tous les instants, à chaque occasion, qu'il a gagné sur moi et qu'en croyant m'en débarrasser je ne fais que renforcer son existence et son empire sur ma vie, peut-etre que je suis pris au piège- je ne sais pas.

Changer : méthode est le récit fascinant et bouleversant de ce “comment changer” – de nom, de corps, d’accent, de tout – pour changer de vie, échapper à la pauvreté mais aussi à la violence, à l’exclusion. Il y a d’abord l’homosexualité comme moteur : parce que quand on est moqué, incompris, traité de “grosse pédale”, humilié, privé d’un espace pour que son désir et sa liberté s’exercent, on va chercher ailleurs, on veut fuir. Et puis il y a les rencontres, les passeurs : l’amitié fusionnelle avec Elena, une jeune fille dont la mère lit, écoute de la musique classique, issue d’une famille pour qui l’art et la culture vont de soi, contrairement au milieu de l’auteur. Il y a une conférence de Didier Eribon à Amiens, où celui qui s’appelle encore Eddy Bellegueule étudie, qui se transformera en lien intellectuel, puis en amitié ; il y a les hommes rencontrés qui vont l’aider socialement.Il y a surtout l’art d’imiter ceux et celles que l’on admire pour devenir comme eux·elles. Il y a le pari sur les études, le travail forcené, Paris comme phare dans la nuit, le désir obsessionnel de se réinventer, la littérature comme arme ultime pour exister.

vendredi 5 novembre 2021

Para acabar con Eddy Bellegueule P. Carter

Pamela Carter, a partir de la novela de Édouard Louis    Dirección: José Luis Arellano García  Producción: Fundación Teatro Joven  Duración aproximada: 100 min Con Julio Montañana Hidalgo, Raúl Pulido.

 Édouard Louis y Eddy Bellegueule son la misma persona y no lo son. Para acabar con Eddy es la historia de una transformación, la del niño peculiar que tiene que sobrevivir en el entorno de violencia, machismo, pobreza, homofobia y alcoholismo en el que tiene la mala suerte de nacer. El niño sensible e inquieto que debe ocultar su verdadero yo para intentar ser aceptado. El adolescente que se desvive por parecer un hombre de verdad para esquivar así el destino de abusos y humillaciones al que parece condenado. Pero es Édouard quien, con una honestidad descarnada y luminosa, nos cuenta la historia de Eddy, de su sufrimiento y de su liberación cuando por fin consigue huir de ese entorno opresor. Porque el final de Eddy Bellegueule es el principio de Édouard Louis, uno de los escritores más brillantes de su generación.

La adaptación de Pamela Carter es una traición al fundamento de la novela por diversas razones. La primera, porque ha convertido su texto en un picadito de narraciones, donde apenas encontramos personajes que se desarrollen y que trasladen al espectador unas vivencias tan lacerantes. Se cuenta mucho, pero se dramatiza poco. Por otra parte, se ha centrado en exceso en las cuestiones referidas a la homosexualidad de Eddy. Entre los actores,  Raúl Pulido y Julio Montañana Hidalgo se nota el buen rollo amistoso, ambos le ponen entusiasmo y frescura. Mucho público masculino adolescente.

mardi 18 septembre 2018

Qui a tué mon père E.Louis

Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l'intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond que le racisme est l'exposition de certaines populations à une mort prématurée.
Cette définition fonctionne aussi pour la domination masculine, la haine de l'homosexualité ou des transgenres, la domination de classe, tous les phénomènes d'oppression sociale et politique. Si l'on considère la politique comme le gouvernement de vivants par d'autres vivants, et l'existence des individus à l'intérieur d'une communauté qu'ils n'ont pas choisie, alors, la politique, c'est la distinction entre des populations à la vie soutenue, encouragée, protégée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre.
Dans ce troisième opus, Edouard Louis raconte son père et la relation difficile qu'il a eu avec lui. En 84 pages, il le justifie. Son père est devenu ce qu'il est devenu par sa naissance, son manque de chances, sa classe sociale. Le fils rend la République et ses présidents, ses ministres responsables de la vie insatisfaisante de son père.
On peut ne pas être d'accord avec cette vision. Par contre, sa dernière phrase "Je crois qu'il faudrait une bonne révolution" je signe et je persiste.

dimanche 20 mai 2018

Histoire de la violence E.Louis

Je suis caché de l'autre côté de la porte, je l'écoute, elle dit que quelques heures après ce que la copie de la plainte que je garde pliée en quatre dans un tiroir appelle la tentative d'homicide, et que je continue d'appeler comme ça, faute d'autre mot, parce qu'il n'y a pas de terme plus approprié à ce qui est arrivé et qu'à cause de ça je traîne la sensation pénible et désagréable qu'aussitôt enoncée, par moi ou n'importe qui d'autre, mon histoire est falsifiée, je suis sorti de chez moi et j'ai descendu l'escalier.
J'ai traversé la rue sous la pluie pour aller laver mes draps à quatre-vingt-dix degrés à la laverie, en bas, à moins d'une cinquantaine de mètres de la porte de mon immeuble, le dos courbé par un sac de linge trop encombrant, trop lourd, les jambes qui fléchissaient sous son poids.
 Récit autobiographique d'un viol, l'auteur écoute ce récit que sa soeur fait à son mari, tandis que le protagoniste d el'histoire reste caché, sans intervenir, se limitant à corriger ou commenter les paroles de sa soeur. Poignant, angoissant.

dimanche 13 mai 2018

En finir avec Eddy Bellegueule É. Louis

De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire: tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.
Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l'autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux acraché Prends ça dans ta gueule.
Le crachat s'est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à lodeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s'écoule de mon oeil jusqu'à mes lèvres, jusqu'à entrer dans ma bouche. Je n'ose pas l'essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d'un revers de manche. Il suffirait d'une fraction de seconde, d'un geste minuscule pour que le crachat n'entre pas en contact avec mes lèvres, mais je ne le fais pas, de peur qu'ils se sentent offensés, de peur qu'ils s'énervent encore un peu plus.
Il s'agit d'un récit autobiographique romancé d'un enfant de la classe ouvrière picarde, ce qui le différencie, son homosexualité, mal vécue dans sa famille et à l'école. Le livre se lit d'une traite, il est bien écrit, un jeune homme qui ira loin dans le monde littéraire.
Les détails crus, la pauvreté intellectuelle de la famille, un père homophobe,violent,  au chomâge qui passe ses journées à boire des bières et regarder le foot à la télé; une mère pas très futée; il n'est pas étonnant que le jeune Eddy ne rêve que de fuir ce monde d'incultes bouseux...ce qu'il va faire grâce au théâtre et à l'école républicaine.  «fuir est parfois plus difficile que de résister». Dans ce sens, le livre est peut-être courageux, il a le courage de dévoiler avec force détails une enfance malheureuse à cause de cette ambiance prolo.
Oui, mais pas subversif. A ce monde inculte auquel il échappe est opposé le monde lumineux des urbains bourgeois, homosexuels, éditeurs, écrivains, "intellos" parisiens qui semblent être la seule issue pour ne pas crever. Car, fuir revient à dire qu'il n'a pas d'autre issue de vie heureuse que de rallier les rangs de cette bourgeoisie confortable. L'ordre établi n'est jamais remis en question, s'en sortir est un acte individuel, on renie de son passé, de sa famille, on change son patronyme, on perd son accent, et le tour est joué.