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jeudi 18 juin 2026

Plateforme M. Houellebecq

Mon père est mort il y a un an. Je ne crois pas à cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents; on ne devient jamais réellement adulte. Devant le cercueil du vieillard, des pensées déplaisantes me sont venues. Il avait profité de la vie, le vieux salaud ; il s´´etait démerdé comme un chef. "T'as eu des gosses, mon con... me dis-je avec entrain ; t'as fourré ta grosse bite dans la chatte de ma mère." Enfin j'étais un peu tendu, c'est certain ; ce n'est pas tous les jours qu'on a des morts dans sa famille. J'avais refusé de voir le cadavre. J'ai quarante ans, j'ai déjà eu l'occasion de voir des cadavres; maintenant, je préfère éviter. Cest ce qui m'a toujours retenu d'acheter un animal domestique.

Houellebecq n'y va pas par quatre chemins pour décrire l'acte. Avec lui, pas de suggestion, ça suce, ça lèche, ça pénètre. On croise des bites, des chattes, des fesses et des tétons. Autant dire qu'une telle lecture n'est pas recommandée aux esprits prudes. Mais s'il se permet tous les vices, s'il prend plaisir à dériver vers tous les interdits, l'auteur verrouille son oeuvre d'un souci permanent d'apparaitre tel qu'il est : triste.

"Plate-forme" est un livre captivant, mais un peu alourdi par les longues, trops longues, descriptions de scènes érotiques, voir pornographiques. Michel, le narrateur du récit, vient de perdre son père qui a été retrouvé assassiné, près de Cherbourg, le crâne brisé dans son appartement. Michel va partir alors en voyage vers la Thaïlande ... 

Houellebecq fait le tour de la petitesse humaine qui gravite autour de cette plateforme. Portrait au vitriol de la société de consommation, entre cynisme et provocation, il dépeint une société qui périclite, une société décadente, sans espoir d'évolution vers un monde meilleur. C'est l'humain qu'il met au coeur de cette fatalité, l'humain et sa recherche de satisfaction immédiate et gratuite.



dimanche 26 juin 2022

Anéantir M. Houellebecq

Certains lundis de la toute fin novembre, ou du début de décembre, surtout lorsqu'on est célibataire, on a la sensation d'être dans le couloir de la mort. Les vacances d'été sont depuis longtemps oubliées, la nouvelle année est encore loin ; la proximité du néant est inhabituelle.

Le lundi 23 novembre, Bastien Doutremont décida de se rendre au travail en métro. En descendant à la station Porte de Clichy, il se retrouva face à cette inscription dont lui avaient parlé plusieurs de ses collègues les jours précédents. Il était un peu plus de dix heures du matin: le quai était désert.

Nous sommes en 2027, quelques mois avant l'élection présidentielle. Paul Raison, inspecteur du Trésor de 47 ans, travaille au Cabinet du ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Juge (clone de Bruno le Maire), dont il est très proche. le père de Paul, Edouard, un ancien de la DGSI, a eu un très grave AVC dont l'issue sera probablement fatale. Avec la femme de Paul, Prudence, il ne se passe plus rien : ce sont deux étrangers qui cohabitent dans un splendide duplex sur le parc de Bercy. Paul a une soeur bigote mais au fond très humaine, Anne-Cécile, qui est mariée à un notaire au chômage, tous deux habitant Arras et votant RN, et un frère, Aurélien, qui travaille comme restaurateur d'oeuvres d'art au Ministère de la Culture et est marié à un dragon, la perfide Indy , personnage le plus négatif du roman (et qui m'a beaucoup fait rire). La campagne présidentielle se déroule sur fond d'attentats terroristes très bizarres, qui, du moins au début, ne font pas de mort ; on ne voit pas très bien qui en est à l'origine ni ce qu'ils revendiquent.Un grand roman, qui associe – chose rare – la qualité littéraire au plaisir de lecture qu'on y prend.

jeudi 23 mai 2019

Sérotonine M.Houellebecq

C'est un petit comprimé blanc, ovale, sécable.
Vers cinq heures du matin ou parfois six je me réveille, le besoin est à son comble, c'est le moment le plus douloureux de ma journée. Mon premier geste est de mettre en route la cafetière électrique; la veille, j'ai rempli le réservoir d'eua et le filtre de café moulu (en général du malongo, je suis restá assez exigeant sur le café). Je n'allume pas de cigarette avant d'avoir bu une première gorgée; c'est une contrainte que je m'impose, c'est un succès quotidien qui est devenu ma principale source de fierté (il faut avouer ceci dit que le fonctionnement des cafetières électriques est rapide). Le soulagement que m'apporte la prmière bouffée est immédiat, d'une violence stupéfiante. la nicotine est une drogue parfaite, une drogue simple et dure, qui n'apporte aucune joie, qui se définit entièrement par le manque, et par la cessation du manque.

La sérotonine cette « hormone du bonheur », délivrée par le Captorix, l'antidépresseur dont ne peut se passer  Florent-Claude mais dont les effets sur la libido sont dévastateurs.
Florent-Claude est un "héros houellebecquien" pur jus. 46 ans, employé au ministère de l'agriculture, pour qui il rédige des notes et des rapports à destination des négociateurs européens. Il boit pas mal, fantasme sur les jeunes femmes, détruit les détecteurs de fumée des hôtels, ne trie pas ses déchets, aime les animaux. Il vit en ville mais il aime par dessus tout les balades en forêt. Fumeur compulsif il est aussi complètement dépressif. Bref, le héros de "Sérotonine" est un spécimen magnifique de héros houellebecquien.
La prose de Houellebecq est drôle. Le livre est parsemé de saillies drolatiques, violentes, provocatrices emplies d'ironie noire, qui font presque systématiquement mouche grâce un style d'une maitrise très efficace : beaucoup de phrases ou de paragraphes changent de registre de langue ou d'échelle en cours de lecture, commençant par exemple dans un lyrisme très travaillé pour s'achever dans du trivial, du grossier, du très humain terre-à-terre. 
La saisie du contemporain est d'une rare acuité. Incroyables cinquante dernières pages qui mettent en scène la révolte des abandonnés, non pas les gilets jaunes, mais leurs frères jumeaux, les agriculteurs, qui affrontent violemment les CRS. Le livre est complètement au diapason du malaise qui saisit la France, de la désespérance paysanne, un livre politique donc qui tire à boulets rouges sur l'ultra-libéralisme et la complicité de l'UE qui l'accompagne, avec une empathie totale à l'égard des agriculteurs ( magnifique personnage du meilleur ami du narrateur, Aymeric ).  
Ce qui est nouveau c'est le romantisme désespéré qui court durant tout le roman. Vrai que le premier personnage féminin évoqué ( Yuzu la dernière compagne japonaise ) est gratiné, grotesque ( très drôle, forcément très drôle ), que le deuxième ( Claire, l'intermittente du spectacle ) est triste à pleurer, mais celui de Camille, le grand amour perdu, est d'une épure superbe, loin de la misogynie souvent affichée par l'auteur. Camille revient dans le récit comme une obsession à laquelle se raccrocher pour peut-être pouvoir vivre ; elle traverse les chapitres comme le souvenir du paradis perdu, un souvenir qui fait du bien mais qui fait tout aussi mal lorsqu'on ne peut le vivre à nouveau.
Il y a vingt-trois ans, dans Le Sens du combat, le poète Houellebecq décrivait déjà, mais avec d’autres mots, cette grande désespérance de l’homme dans un monde désenchanté : « Nous avons traversé fatigues et désirs / Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance / Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires, / Nous sommes prisonniers de notre transparence. » 
Poignant.  

vendredi 19 février 2016

Ennemis publics Houellebecq- B.H Levy

Cher Bernard-Henri Lévy, 
Tout comme on dit, nous sépare _ à l'exception d'un point fondamental: nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables.
Spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques vous déhonorez jusqu'aux chemises blanches que vous portez. Intime des puissants, baignant depuis l'enfance dans une richesse obscène, vous êtes emblématique de ce que certians magazines un peu bas de gamme comme Marianne continuent d'appeler la "gauche caviar", et que les périodistes allemands nomment plus finement la Toskana-Fraktion. Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en ooutre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma.
Non seulement le duo fonctionne, alternant considérations quotidiennes et métaphysiques, mais il parvient à produire un livre passionnant parfois. Il revient à Houellebecq, tacticien masqué, d’avoir su attirer son interlocuteur sur le terrain de «l’aveu» et d’une vulnérabilité qui, parfois, s’ignore  et ce sont ses passages qui sont les plus intéressants.

samedi 24 octobre 2015

Soumission M.Houellebecq

Pendant toutes les années de ma triste jeunesse, Huysmans demeura pour moi un compagnon, un ami fidèle; jamais je n'éprouvai de doute, jamais je ne fus tenté d'abandonner, ni de m'orienter vers un autre sujet; puis une après-midi de juin 2007, après avoir longtemps attendu, après avoir tergiversé autant et même un peu plus qu'il n'était admisible, je soutins devant le jury de l'université Paris IV- Sorbonne ma thèse de doctorat: Joris-Karl Huysmans, ou la sortie du tunnel. Dès le lendemain matin (ou peut-être dès le soir même, je ne peux pas l'assures, le soir de ma soutenance fut solitaire, et très alcoolisé), je compris qu'une partie de ma vie venait de s'achever, et que c'était probablement la meilleure.
L'auteur y avoue «utiliser le fait de faire peur» dans son roman mais se défend de toute «provocation» ou «satire» dans cette politique-fiction où le chef d'un parti musulman prend le pouvoir en France: c'est une «accélération de l'Histoire», déclare-t-il. «Je procède à une accélération de l'Histoire mais, non, je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable», assure Houellebecq dans cette longue interview menée par le journaliste Sylvie Bourmeau. 
Personnage triste, cultivé, seul, alcoolisé, on identifie tout de suite Houellebecq. La soumission pour sauver notre monde occidental et organiser un nouvel empire musulman. Beaucoup d'humour! Mérite la lecture et la relecture.

dimanche 26 avril 2015

La carte et le territoire M.Houellebecq

Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d'enthousiasme. Assis en face de lui sur un canapé de cuir blanc partiellement recouvert de soieries, un peu tassé sur lui-même, Daniel Hirst semblait sur le point d'émettre une objection; son visage était rougeaud, morose. Tous deux étaient vêtus d'un costume noir- celui de Koons, à fine rayures-, d'une chemise blanche et d'une cravate noire. Entre led deux hommes, sur la table basse, était posée une corbeille de fruits confits à laquelle ni l'un ni l'autre ne prêtait aucune attention; Hirst buvait une Budweiser Light.
Houellebebecq par Houellebecq, dans ce livre l'auteur se décrit, personnalité peu attrayante qui traverse la vie du peintre photographe Jed Martin parisien du XIIIe devenu millionnaire à la suite des tableaux sur les métiers. Ensuite un père absent et malade, un chauffe-eau bruyant, Olga, et des personnages connus dont Beigdbeger, Lucien Lepers...Drôle mais pas follement gai.