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vendredi 29 mars 2019

Rue des voleurs M.Enard

Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer, et moi comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclaves de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses. Je vois clair dans mon enfance, dans ma vie de chiot à Tanger; dans mes errances de jeune clébard, dans mes gémissements de chien battu; je comprends mon affolement auprès des femelles, que je prenais pour de l'amour, et je comprends surtout l'absence de maître, qui fait que nous errons tous à sa recherche dans le noir en nous reniflant les uns les autres, perdus, sans but.
Un jeune Marocain lecteur de polars français, se retrouve à la rue après avoir séduit sa cousine. De libraire chez les Frères Musulmans, il passera à la saise de textes ,à employé sur un ferry, puis  à travailler au noir pour un croque mort suicidaire. A travers ses errances il nous montre son monde, ce monde. Une Afrique arabe qui tente vainement de se reconstruire, une Europe qui sent la pourritude malgré le décor.

mercredi 14 septembre 2016

Boussole M.Enard



Nous sommes deux fumeurs d’opium chacun dans son nuage, sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes une image glacée à laquelle le temps donne l’illusion du mouvement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements, je suis cette goutte d’eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle liquide qui roule et ne sait rien de la vapeur qui l’a engendrée, ni des atomes qui la composent encore mais qui, bientôt, serviront à d’autres molécules, à d’autres corps, aux nuages pesant lourd sur Vienne ce soir : qui sait dans quelle nuque ruissellera cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière, et cette face indistincte sur le verre n’est mienne qu’un instant, une des millions de configurations possibles de l’illusion- tiens M.Gruber promène son chien malgré la bruine, il porte un chapeau vert et son éternel imperméable ; il se protège des éclaboussures des voitures en faisant de petits bond ridicules sur le trottoir : le clébard croit qu’il veut jouer, alors il bondit vers son maître et se prend une bonne baffe au moment où il pose sa patte crasseuse  sur l’imper de M.Gruber  qui finit malgré tout par se rapprocher de la chaussée pour traverser, sa silhouette est allongée par les réverbères flaque noircie au milieu des mers d’ombre des grand arbres, déchirés par les phares sur la Porzellangasse, et Herr Gruber hésite apparemment à d’enfoncer dans la nuit de l’Alsergrund, comme moi à laisser ma contemplation des gouttes d’eau, du thermomètre et du rythme des tramways qui descendent vers Schottentor.
Ambitieux, savant, érudit, ceci n'est pas un roman, c'est une thèse. Son sujet pourrait se résumer ainsi: qu'est-ce que l'orientalisme? Une notion purement intellectuelle? Une invention de l'Occident? Et d'ailleurs où commence l'Orient? À Vienne? Et quels sont ses contours? Telles sont les questions qui hantent le narrateur du livre, un jeune musicologue autrichien nommé Franz Ritter. 378 pages bcp trop longues! J'ai tenu jusqu'à la page 80.
 

mardi 13 septembre 2016

Rencontre avec Mathias Enard à l'Institut français


Mathias Enard présente son dernier ouvrage Boussole prix Goncourt 2015. 
Jimena Larroque Aranguren pose les questions. Pour Enard il s'agit avant tout d'une histoire d'amour, son héroïne Sarah est la protagoniste pretexte pour nous faire voyager vers le Moyen Orient dans l'espace et dans le temps. Histoire, archéologie, musique, religion, philosophie et bien sûr littérature sont évoquées pour tenter de rompre la fausse image exotique de l'orientalisme que nous avons en Occident.
L'auteur a étudié l'arabe et le persan et vit à Barcelone depuis presque 15 ans. 

lundi 4 février 2013

Rue des voleurs M.Enard

Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dan sla misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l'os pourri qu'on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un ètre humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses. Je vois clair dans mon enfance, dans ma vie de chiot à Tanger; dans mes errances de jeune clébard, dans mes gémissements de chien battu; je comprends surtout l'absence de maître, qui fait que nous errons tous à sa recherche dans le noir en nous reniflant les uns les autres, perdus, sans but.                                                        Un jeune Marocain de Tanger, lecteur de roman noir français, faute avec sa cousine, expulsé de sa famille il gagne sa vie comme libraire pour un groupe terroriste musulman, passe en Espagne, a une petite amie catalane, vit les révoltes arabes, essayant de survivre.

lundi 17 décembre 2012

Breviaire des artificiers M.Enard

Ici commence ce mien discours, breviaire et manuel, pour l'édification des débutants artificiers et apprentis terroristes.
Je rencontrai mon maître peu après son arrivée dans notre belle île des Caraïbes. De fait, moi, Virgilio, lui fus loué en même temps que la magnifique villa où il s'installa; ma fonction était d'entretenir le jardin et m'occuper du ménage. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que, au milieu des familles de colons qui occupaient habituellement cette résidence, arrivait un homme seul, d'un âge incertain, de provenance inconnue, avec pour tout équipage une malle de livres, une paire de sandales et un bâton de pélerin. Je le pris immédiatement en grippe.

Drôle, augrenu, instructif, ce manuel de terrorisme à l'usage des débutants éclaire la lanterne de tous ceux qui sont mûrs pour recevoir les leçons de sagesse d'un terroriste expérimenté et convaincu.