lundi 26 octobre 2026

Yoga E. Carrère

Puisqu'il faut commencer quelque part le récit de ces quatre années au cours desquelles j'ai essayé d'écrire un petit livre souriant et subtil sur le yoga, affronté des choses aussi peu souriantes et subtiles que le terrorisme djihadiste et la crise des réfugiés, plongé dans une dépression mélancolique telle que j'ai dû être interné quatre mois à l'hôpital Sainte-Anne, enfin perdu mon éditeur qui pour la première fois depuis trente-cinq ans ne lira pas un livre que j'ai écrit, puisqu'il faut donc commencer quelque part, je choisis ce matin de janvier 2015 où, en bouclant mon sac, je me suis demandé s'il valait mieux emporter mon téléphone, dont jaurais de toute façon à me défaire là où j'allais, ou le laisser à la maison. J'ai choisi l'option radicale et, à peine sorti de notre immeuble, trouvé excitant d'être passé au-dessous des radars. 

C'est, bien sûr, très personnel, souvent intime, mais j'avais vraiment envie d'en finir avec tant de souffrance. Carrère parle surtout de méditation avec une cascade de définitions mais, en fait, il parle surtout de lui.
Il raconte, romance, invente sûrement, abuse parfois de termes techniques japonais ou autre mais c'est un prétexte pour raconter sa vie, ses joies, ses peines, surtout ses souffrances. Comme il l'avoue, pour un homme qui a tout : l'argent, la réussite, deux enfants beaux et intelligents, voilà qu'il est bipolaire de type 2 !
Régulièrement, il sombre dans la dépression, a besoin d'être soigné, hospitalisé à Sainte-Anne, subit des électrochocs, prend des médicaments.  Au début, il y a ce stage Vipassana, dans le Morvan, stage de yoga haut de gamme avec cent vingt participants mais c'est tellement aride et dépouillé que on est content lorsqu'il doit quitter les lieux brusquement après la tuerie de Charlie Hebdo. Il connaissait bien Bernard Maris et il a dû prononcer un discours à son enterrement.
Après toute cette dépression qui le met au plus bas, il nous emmène sur l'île grecque de Léros où il s'occupe d'un atelier d'écriture pour des réfugies avec une certaine Frederica ; l'auteur m'a donné envie de réécouter la fameuse Polonaise héroïque de Frédéric Chopin.
Parler de soi, les plus grands écrivains l'ont fait et le font. Emmanuel Carrère reconnaît qu'il veut être des leurs mais Yoga ne m'a pas vraiment plu car ressemblant un peu trop à un fouillis de rencontres, d'expériences plus ou moins réelles. Si écrire ce livre lui a fait du bien, tant mieux !

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