Une année chez les Français F.Laroui

Le concierge, qui somnolait dans sa loge, assis derrière une sorte de comptoir surélevé, crut soudain entendre des voix. Ou plutôt une seuke fluette et un peu éraillée, à peine audible.
A quoi sert de voyager si tu t'emmènes avec toi ? C'est d’âme qu'il faut changer, non de climat." (Sénèque) Journal de lecture, de coups de coeur et de coups de gueule.

-Et
si on s’achetait un riad ?
Presque
enfantine, la voix de François, avec tout de même quelque chose de sérieux dans
le grain, comme en arrière-plan, comme une petite note obstinée en continuo,
quelque chose qui tient de l’obsession(déjà ?), du défi ou de l’espoir, de
l’espoir qui n’ose espérer…
Il
insiste, planté devant sa femme :
-Hein ?
Dis, si on s’achetait un riad à Marrakech ?
Cécile
ne daigne même pas lever les yeux de son livre. Blottie dans son vieux fauteuil
de cuir râpé, elle fronce légèrement les sourcils pour indiquer à François
qu’elle n’est pas d’humeur…non, vraiment, elle n’est pas d’humeur à participer
à la conversation aussi rituelle que décousue qu’inutile…
Un couple parisien s’ennuie, Cécile finit par céder et
ils se retrouvent propriétaires d’un riad, avec intruse. Et c’est le
(bon ?) prétexte qu’a trouvé Laroui pour nous parler de la guerre du Rif
contre les Espagnols menée par Abdelkrim.

"Un jour, quelques officiers ivres s'avisèrent de fomenter un coup d'Etat; puis ils passèrent à l'action, tant qu'à faire. J'avais dix-sept ans; ce coup d'Etat me concernait peu.Je n'y compris même rien du tout, d'abord. Pourtant, il fut pour moi à l'origine d'une série de hasards, de quiprocquos, de rencontres intempestives, d'aubaines et de contre-temps: l'ordinaire d'une existence."