Livre personnel, original,
traversé d’ombres nocturnes et de fantômes du passé, de glissades pieds
nus sous la Vénus de Milo, ce livre joyeux et mélancolique, qui précise
vite son intention : « Je suis venue ici cette nuit pour redevenir la
fille de mon père. »
Quel père, en fait ? Celui, biologique, né en
1951 dans un village du Monténégro, alors une partie de la défunte
Yougoslavie, qui vient à Paris par amour, par fuite, pour voir le
Louvre, une ville dans la ville, un père qui ne sait pas bien parler le
français et voit tout en noir et blanc. Celui, plus probable, le père
exilé à qui l’on a dit que « sa fille ne parlera jamais français »,
l’esthète-pilleur qui se promène l’air de rien avec sa fille Jakuta au
Louvre, et lui demande, lui transmet en héritage : « Et toi, comment t’y
prendrais-tu pour voler la Joconde ? ». En effet : comment ?
A quoi sert de voyager si tu t'emmènes avec toi ? C'est d’âme qu'il faut changer, non de climat." (Sénèque) Journal de lecture, de coups de coeur et de coups de gueule.
jeudi 1 juin 2023
Comme un ciel en nous J. Alikavazovic
La nuit du 7 au 8 mars 2020, je l'ai passée au Louvre, seule. Seule et à la fois tout sauf seule. Dans la section des Antiques. Dans la salle des Cariatides; même si j'ai été contrainte, au cours de la nuit, de déplacer mon lit de camp. Car les lieux ont une âme, les lieux ont une vie, surtout dans le noir; et il arrive que les endroits les plus visités, les plus arpentés, se déploient une fois vides et se vengent à leur façon, en chassant ceux qui auraient eu la présomption de s'attarder. Ou peut-être sentent-ils, ces lieux, que l'on n'a pas la conscience entièrement tranquille. Que l'on n'a pas le coeur entièrement tranquille.

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