Changer : méthode est le récit fascinant et bouleversant de ce
“comment changer” – de nom, de corps, d’accent, de tout – pour changer
de vie, échapper à la pauvreté mais aussi à la violence, à l’exclusion.
Il y a d’abord l’homosexualité comme moteur : parce que quand on est
moqué, incompris, traité de “grosse pédale”, humilié, privé d’un espace pour que son désir et sa liberté s’exercent, on va chercher ailleurs, on veut fuir. Et puis il y a les rencontres, les passeurs : l’amitié fusionnelle
avec Elena, une jeune fille dont la mère lit, écoute de la musique
classique, issue d’une famille pour qui l’art et la culture vont de soi,
contrairement au milieu de l’auteur. Il y a une conférence de Didier
Eribon à Amiens, où celui qui s’appelle encore Eddy Bellegueule étudie,
qui se transformera en lien intellectuel, puis en amitié ; il y a les
hommes rencontrés qui vont l’aider socialement.Il y a surtout l’art d’imiter ceux et celles que l’on admire pour
devenir comme eux·elles. Il y a le pari sur les études, le travail
forcené, Paris comme phare dans la nuit, le désir obsessionnel de se
réinventer, la littérature comme arme ultime pour exister.
A quoi sert de voyager si tu t'emmènes avec toi ? C'est d’âme qu'il faut changer, non de climat." (Sénèque) Journal de lecture, de coups de coeur et de coups de gueule.
lundi 2 janvier 2023
Changer: méthode E. Louis
Il est minuit trente-trois et je commence à écrire depuis cette chambre sombre et silencieuse. Dehors à travers la fênetre ouverte j'entends des voix dans la nuit et les sirènes de police, au loin. J'ai vingt six ans et quelques mois, la plupart des gens diraient que ma vie est devant moi, que rien n'a commencé encore et pourtant je vis depuis longtemps déjà avec l'impression d'avoir trop vécu; j'imagine que c'est à cause de ça que le besoin d'écrire est si profond, comme une manière de fixer le passé dan l'écrit, et par là, je suppose, de s'en débarrasser; ou peut-être, au contraire, que le passé est tellement ancréen moi maintenant qu'il m'impose de parler de lui, à tous les instants, à chaque occasion, qu'il a gagné sur moi et qu'en croyant m'en débarrasser je ne fais que renforcer son existence et son empire sur ma vie, peut-etre que je suis pris au piège- je ne sais pas.

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